" Ici."  
Compagnie Jérôme Thomas   
 
Création 2010
Jérôme Thomas
« Nul n’a colonisé l’âme » Emilie Dickinson
  Ici.
Distribution
  Ici.
Le spectacle en 2 temps, 3 mouvements
  Markus Schmid
L'objet et moi
  Pierre Bastien
Projet de composition musicale
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Un projet de Jérôme Thomas, Markus Schmid, Pierre Bastien

Spectacle en trois mouvements, pour deux artistes et une musique mécanique aux fins de transformer la contrainte en poésie

« Here. » a show by Jérôme Thomas, Markus Schmid and Pierre Bastien

Our new creation in three movements, for two artists and mechanical music, to go from constraint to poetry

Création octobre 2010


12 et 13 octobre | 20h30
BOULAZAC - Agora Scène conventionnée arts du cirque
 www.agora-boulazac.fr | réservation : 05 53 35 59 65
 email : cc.agora@ville-boulazac.fr

19 > 23 octobre | 20h les 19,20,21,22 | 17H le 23
DIJON - Théâtre Dijon Bourgogne CDN
 www.tdb-cdn.com | réservation : 03 80 30 12 12

26 octobre | 16h et 20h30 | et 27 octobre | 20h30
AUCH - Festival CIRCA - Circuits scène conventionnée
 www.circuits-circa.com | réservation : 05 62 61 65 00

L’art est-il un moyen de passer une porte ?

Un jour de 1986, Marc Perrone m’a proposé de jouer pour les détenus de la Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, avec Carlo Rizzo, percussionniste.
C’était ma première rencontre avec le milieu carcéral et je découvrais naïvement que l’expérience n’allait pas de soi.
Le nombre de sas, de couloirs, de pièces, de clés, de portes à ouvrir est un parcours de mise en condition. On ouvre des portes verrouillées que l’on referme derrière l’acteur.
Sans soutien technique scénique, le « semblant » n’a pas sa place. La représentation est juste ou n’est pas, sans appel. L’artiste est, comme le détenu, face à sa condition.

Ce jour là, à Fleury-Mérogis, je me suis demandé durant toute notre prestation, pourquoi les détenus rentraient et sortaient de la salle de spectacle.
C’était un va-et-vient constant très déstabilisant pendant que nous jouions pour eux.
La prestation leur plaisait-elle ? Ne leur plaisait elle pas ? Curieux ? Pas curieux ? Déstabilisés ? Trouvaient-ils cela utile ? Inutile ? Étaient-ils sensibles ? Insensibles ?

La réponse, surprenante, était tout à fait d’un autre ordre.
Le gardien, que j’interrogeais sur ces déplacements, me répondit qu’il était rare que des portes restent ouvertes.
Et il m’expliqua ceci :
Les détenus passent cette porte pour le plaisir d’en franchir librement le seuil, pour connaître la « sensation » de passer une porte ouverte.

Au début de notre travail, Markus et moi, nous avons beaucoup travaillé sur la prison, nous avons lu, regardé des films, fait des rencontres. Si nous avions besoin d’aller là, au cœur de l’enfermement c’était sans doute pour nous interroger sur tous les enfermements que chacun d’entre nous subit et produit chaque jour, c’était aussi sans doute pour trouver comment parler de l’évasion possible.

En fin de compte, l’évasion poétique se révèle le moteur de l’œuvre que je souhaite créer avec Markus Schmid et Pierre Bastien.

Oui, l’art peut être simplement cela : un moyen de passer une
porte..

Jérôme Thomas

Un projet de Jérôme Thomas, Markus Schmid, Pierre Bastien

Avec : Jérôme Thomas, Markus Schmid

Musique et création des machines musicales : Pierre Bastien

Son : Ivan Roussel
Lumière et scénographie : Bernard Revel
Costumes et accessoires : Emmanuelle Grobet
Régie plateau : Julien Lanaud
Direction de Production : Agnès Célérier

Production : Association ARMO / Cie Jérôme Thomas avec le soutien de la Cie Andrayas

Co-producteurs :
Comédie de Caen - Centre dramatique national de Normandie
Agora - Scène conventionnée pour les arts du cirque
Boulazac / Théâtre Dijon-Bourgogne - Centre dramatique national

Avec le soutien de l’Artdam - agence culturelle technique
Remerciements à Pierre Bolze

ARMO / Cie Jérôme Thomas est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication - Drac Bourgogne et le Conseil Régional de Bourgogne.

Que faire avec une chaise pour deux ?

What can we do with one chair for two men ?

 

Comment vivre à deux,
quand il n’y a place que pour un seul ?

 

Comment faire rêver
avec une simple feuille
de papier 21X29,7 ?

How can we make you dream
with one single sheet of white paper 21X29,7 ?

Temps de la contrainte

MOUVEMENT 1
Deux acteurs dans l’univers de la contrainte.
Deux chercheurs du mouvement, deux manipulateurs d’objets. Les ressources sont à priori pauvres.
Le contexte est ingrat, asséché. Le lieu est exigu. Il impose une sur-adaptation de l’espace et de l’emploi du temps, une ingéniosité de plus en plus complexe pour survivre aux règles exponentielles.
Dans cet univers faire beaucoup n’avance à rien. Tout ramène au point zéro. Ils sont le nez au mur.

MOUVEMENT 2
Puis il y a rupture, le grain de sable dans le quotidien, dans le retour étouffant de la règle. Une simple feuille de papier s’envole.
Les formes répétitives se révèlent chorégraphiques et finalement burlesques.
Détournements du quotidien, transformation de l’objet, décalage du son et des images, jeux d’ombres, le trouble s’insinue partout peu à peu, né de chaque manipulation, de chaque geste.

Temps de l'évasion

MOUVEMENT 3
Comment s’évader par l’imaginaire quand l’enfermement du corps est inévitable ? La feuille de papier est devenue voile.
La dernière partie onirique, poétique, ouvre de nouveau l’horizon.
Les objets font exploser les "corps obéissants". L'espace et le temps se métamorphosent.

Markus Schmid et Jérôme Thomas se sont rencontrés en 2001 à l’occasion d’un stage.Un croisement évident. Leurs recherches ont trait toutes deux au mouvement et à l’objet. Ils y sont venus par des voies différentes.
Depuis, ils ont inventé d’autres façons de se retrouver : dans le Cirque Jules Verne d’Amiens en 2004 pour "Le Fil et ses Invités" avec les musiciens Michel Aumont et Daniel Paboeuf, au Festival d’Avignon la même année pour la création de "Pong", pièce accompagnée aux pianos d’enfant par la musicienne autrichienne Isabel Ettenauer. Chaque année ils ont avancé patiemment l’idée d’un duo.
La première inspiration de ce duo, est née de la confrontation avec l’univers de la prison, le thème de l’enfermement et son corollaire, l’évasion.
Manipulation d’objets, magie, illusion, mime s’y mêlent.
La rencontre avec Pierre Bastien, musicien, poète, inventeur de merveilleuses machines musicales ouvre de nouveaux champs à leur collaboration.

Markus Schmid, swiss mime and Jerome Thomas met in 2001. And till this moment they decided to work together and cross their researches about movement and objects manipulation.
Their duet is our next production to be, and will be issued in autumn 2010.
Their inspiration takes its roots in their experience of working in jail. The encounter with the musician Pierre Bastien and his wonderful musical objects gave a new dimension to the project. The show will be at the same time choregraphic and burlesque, with some poor simple objects as support for poetry.

Au sein de la Compagnie Andrayas s’invente un langage où les objets quittent leur statut de "corps étranger" pour devenir des prolongements de l'acteur. Un langage où les différences du corps et des objets pactisent pour faire surgir une vision nouvelle du geste. Les objets ainsi manipulés, dégagent l'impression de perdre leur poids et d'être soumis à d'autres lois que la gravité.

Comment le dialogue entre corps charnel et objets inertes est-il possible ?
Pour y parvenir, un travail physique intense est nécessaire et s'articule sur deux niveaux :

- S'éduquer à la privation (d'un membre ou d'une partie du corps)

L'acteur est mis en constante situation d'empêchement : il improvise des chutes au sol, sans ses mains, il marche avec des genoux indissociables, il porte un objet sans l'utilisation de ses bras, etc.
Ce type de contrainte suscite une créativité physique compensatoire inédite. De la privation naît l'originalité d'un vocabulaire corporel d'urgence et de nécessité.

- S'adapter aux objets (greffe d'objets).

Munis de ce réflexe constant d'adaptation à la privation, l'acteur va pouvoir intégrer la manipulation d'objets. Il n’évolue pas autour des objets, mais les adopte comme partenaires vitaux de ses mouvements.
Il révèle par l’esthétisme de sa gestuelle ce que les objets lui imposent comme contraintes physiques.Chaque objet porte en lui sa mélodie secrète.

Se mettre au niveau de l’objet, simplifier son corps par une maîtrise rythmique et articulaire, c’est permettre à l’objet d’apparaître dans l’espace poétique comme un être vivant.
C’est permettre que cette petite porte s’entrouvre, par laquelle jaillit cette musicalité de mouvement de l’objet.

Dilater le temps, c’est amplifier l’expressivité des lignes et des volumes que dessine l’objet lorsqu’il est en mouvement.

Markus Schmid

Cie Andrayas
 www.andrayas.com

Pour suivre la trame du spectacle de Jérôme Thomas, je prévois de composer une musique qui se développera sur deux niveaux : le plan invisible d'une musique instrumentale enregistrée, le plan visible d'une installation de sculptures sonores.

La musique enregistrée accompagnera toute la première partie du spectacle, que Jérôme Thomas qualifie de chorégraphique, puis de burlesque.
Pendant une vingtaine de minutes en avant-scène sur une bande étroite fermée par un mur lisse, l'action sera rythmée par une composition sur tempo rapide et qui ira en s'accélérant progressivement pour suivre les activités des deux prisonniers de cette surface réduite. Plutôt qu'une accélération constante du tempo qui gênerait l'évolution des personnages en leur offrant une assise trop instable, l'idée d'accroissement de la vitesse sera suggérée par l'augmentation progressive des informations sonores : ajouts d'instruments selon le principe du Boléro de Maurice Ravel, doublement rythmique, intervention plus dense des bruits ambiants -bruits de portes, de clés, de pas dans des couloirs réverbérants qui donneront l'impression d'enfermement.

Par une heureuse coïncidence, Jérôme Thomas et moi sommes intéressés au même moment par la même matière -le papier- et le même but - faire évoluer ce papier à des fins plastiques en ce qui le concerne, à des fins musicales pour ma part, comme si cette matière était dotée d'une vie propre.

Plusieurs de mes installations pourront être intégrées au décor : les Orgues de Papier et les Tambours de Papier, ainsi que les grands lais de papier calque qui composent la pièce Musique des Emanglons, dont on peut imaginer qu'ils puissent constituer une partie du mur lisse et bruire au passage des acteurs ou sous l'action de ventilateurs avant d'être lacérés et transpercés en fin de première partie.

Quand le mur disparaît pour laisser aux acteurs l'entière surface de la scène, la musique enregistrée fait place aux sons produits en directs par des dispositifs sonores.
Le dispositif principal est constitué d'une seule machine à fonctions multiples, percussive, harmonique et mélodique. Musique Mécanoïde est un orchestre mécanique construit en meccano, dont la forme est rectangulaire de façon à pouvoir être illuminé par un projecteur de diapositive puissant qui projette son ombre agrandie en fond de scène. Soit par rétro projection, soit en plaçant la machine en avant-scène pour que le public en apprécie le fonctionnement réel, on obtiendra en fond de scène une sorte d'usine sonore virtuelle dont la taille ne sera limitée que par le volume scénique.

En résumé, la musique de ce spectacle régi par l'idée d'enfermement et l'idée de libération présentera cette même dualité : sa part invisible dictera d'abord aux acteurs leurs gestes quotidiens et la répétition de ces gestes jusqu'à l'absurde. Dans un deuxième temps ce sont les acteurs qui commanderont sa part visible pour accompagner leurs gestes d'hommes libres.

Pierre Bastien, mars 2008
 www.pierrebastien.com